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Motsaïque : histoires et nouvelles composées de petites pièces (en mot, en phrase, en paragraphe, etc.) de différentes couleurs, assemblées et jointoyées avce le verbe ; art de composer de tels ouvrages. Ses histoires ont une beauté brute, sauvage. Du mot inerte, il leur rend la vie. nouvelles textes en ligne

 

 

 

LE TUEUR SANS NOM

 

 

Une question reste en suspens encore à ce jour : qui est-il ?
Cet inconnu qui n’a ni nom, ni adresse, ni famille, ni amis, et qui est devenu l’homme le plus recherché de France en quelques semaines. Considéré comme un dangereux meurtrier par les hautes instances, et comme un justicier, le protecteur de la veuve, de l’orphelin et des innocents, par le public.
Cet inconnu que toutes les polices traquent sans relâche... sera finalement arrêté dans un tribunal le jour de son procès, aussi inconcevable que cela puisse paraître.
Je parle bien du « procès de l’inconnu » où la justice de son bras tout puissant décrète coupable un honnête représentant de commerce, incapable de démontrer qu’il n’a pas commis ces crimes. Elle va condamner un innocent pour rassurer ces pairs.
La justice :
- Comment ? Il ne peut prouver son innocence ! Alors il est coupable ! S’il n’est point responsable de ces actes, il pourra un jour recouvrer la liberté. Mais qu’il le prouve avant ! N’a-t-il pas eu une contravention impayée ? Qui vole un oeuf, vole un boeuf !
Il est COUPABLE de ne pouvoir se défendre contre la machine infernale qui vient de se mettre en marche. La justice n’écoute pas le maillon, elle l’enchaîne pour mieux asseoir son omnipotence sur le peuple, capable de révolte. Elle doit insuffler cette peur diffuse qu’un jour cela puisse être votre tour... pour mieux vous contrôler !
- Une erreur ? Nous ne faisons pas d’erreur !
À ce moment là, personne ne connaissait la vérité sur le tueur qui aurait très bien pu en rester là et s’échapper vers d’autres horizons en laissant moisir ce malheureux en prison à perpétuité.
« Le Tueur sans Nom », comme le surnommèrent les journalistes quelques jours plus tard, arriva tout simplement en tant que témoin de l’accusation. Un témoin anonyme venant témoigner pour une affaire peu banale. Qui aurait pu se douter de ce subterfuge incroyable ! S’il n’avait au passage pointé un pistolet sur l’avocat de l’accusation et appuyé sur la gâchette d’une main sûre et efficace. Le canon expulsa une balle à bout portant et atteignit sa cible en plein front. Son geste ne suscita pas plus de stupéfaction qu’un éternuement, alors que la cervelle de l’avocat éclaboussa le premier rang et se répandit par terre.
Ce fut dans un silence complet que le tueur remit en toute sérénité son arme à un juge juste étonné qui écouta avec attention les mots prononcés par cet homme.
La suite fut confuse.
Les journalistes présents au tribunal réalisèrent après coup qu’ils venaient d’assister à une exécution en direct. La bousculade pour approcher le Tueur fut dantesque. Les appareils photos mitraillèrent en tous sens, en passant par le cadavre tout chaud de l’avocat, les témoins tâchés de sang et le Tueur qui ne répondit d’ailleurs à aucune des questions que les journalistes essayèrent de lui soutirer. Les policiers et gendarmes ne purent l’approcher qu’après dix bonnes minutes de bagarre avec la foule qui l’acclamait ; disons les parents et les amis de l’innocent qui remerciaient bruyamment ce tueur inconnu pour cet acte qu’ils n’oublieraient jamais. Le monde entier ne l’oublierait pas non plus.
La photo du « Tueur sans Nom » étalée dans tous les journaux de France ne montrait qu’une seule et même image : celle d’un homme de trente-cinq ans. Il souriait aimablement aux photographes en compagnie de la mère du « faux tueur ». Elle l’embrassait sur la joue avec une joie non dissimulée et des larmes de bonheur.
En 24 heures, le visage du « Tueur sans Nom » fit le tour du monde et parvint même dans les contrées les plus reculées du globe.
Le cameraman, qui ce jour là filma la scène en baillant d’ennui, devint millionnaire en un temps record, distribuant son reportage grâce aux techniques modernes de copie. Une semaine plus tard les rayons de toutes les vidéothèques étaient envahies par le film ; il grimpa à la première place du top du top des ventes en trois jours seulement. Cinq cents millions d’exemplaires du « Best of crime » circulaient dans les foyers. Ma fille, Nelly, en avait acheté une copie dans un supermarché et en compagnie de nos amis nous allions assister à sa projection.

Je dois dire que cela ne m’enthousiasme guère de voir un crime en direct. Malgré que cela soit celui d’une ordure réputée dans le milieu de la magistrature.
Mon salon est transformé pour cet événement, en salle de cinéma. La table est encombrée de petits fours et divers amuse-gueule et collée contre le mur. Le canapé aussi est déplacé à grand peine par Nicolas, le nouvel échalas de Nelly, face à la télévision. Des chaises sont alignées à sa suite.
Ma femme, Joséphine, est enchantée de ce chambardement et prépare avec entrain notre petite soirée. Elle vérifie la disposition des cendriers. Elle me sourit et vient vers moi :
- Tu ne fumeras pas trop ce soir ?
- Oui, d’accord...
Son main se glisse sous mon bras et comme du lierre sauvage s’agrippe à mon bras. Un baiser nous unit. Ma fille qui n’en manque pas une :
- Ouh ! Les amoureux !!
Aussitôt, elle s’approche de nous et ajoute :
- Vous resterez sage ce soir, nos amis sont un peu... heu vous voyez... coincés du cul !
- Nelly ne dit pas ça, c’est vulgaire !
- Oui maman.
Je me sépare à regret de Joséphine par le premier coup de sonnette.
- J’y vais ! lance Nelly.
Elle revient en s’écriant :
- C’est Marine !
Marine est ma nièce et je suis heureux de savoir qu’elle soit invitée ce soir.
Une jeune femme de trente-cinq ans, cheveux attachés, pénètre dans le salon. Nelly la débarasse de son blouson en jean. Elle porte la marinière que je lui ai offerte l’année dernière.
Nicolas poliment va lui dire bonjour. Ma nièce lui tend la main sans autre cérémonie. Je ris intérieurement pendant que Nelly lui présente.
Un sourire illumine le visage de Marine en nous découvrant. Elle s’élance dans notre direction.
- Bonjour mon oncle... bonjour ma tante... dit-elle avec un sourire mutin.
- Je suis content que tu sois là ce soir, dis-je.
- Moi aussi. Mais surtout de vous voir en dehors du travail.
Marine nous colle quatre bises à moi et Joséphine. Dans un murmure, elle susurre à ma femme :
- Merci de m’avoir invité, Tatie...
- De rien, de rien, ma chérie... je savais que cela ferait plaisir à Alphonse. Vous ne parlerez pas trop affaire pendant la soirée, vous me le promettez ?
- Oui Tatie ! lance-t-elle joyeuse.
- Je vous laisse tous les deux. Je dois retourner en cuisine.
Un nouveau coup de sonnette propulse ma fille dans l’entrée.
- Installons-nous avant que les rapaces de Nelly nous assaillent de questions.
Marine me regarde sérieusement, mais elle n’ose pas m’interroger. Pourtant quand elle mène un interrogatoire avec un suspect, je vous jure qu’elle n’y va pas par quatre chemins. Ma nièce est commissaire à la criminelle. Pour ma part, je suis directeur de prison. Je l’aide à formuler sa demande :
- Je pressens que tu veux me demander quelque chose ?
- Oui... tu vas encore me charrier sur la curiosité féminine, mais tant pis. As-tu rencontré le Tueur sans nom ?
- Non pas encore... et je vais t’avouer qu’il ne me tarde pas de le rencontrer.
- Je n’ai pas ta patience, tonton ! Ouhhhh, je sais que tu n’aimes pas que je t’appelle comme ça, dit-elle en me pinçant le bras.
Depuis qu’elle est dans la police, nos liens se sont renforcés. Comment pourrais-je expliquer cela ? Une compréhension mutuelle.
Avant de pouvoir continuer tranquillement à papoter, un groupe entier d’amis de ma fille envahit le salon. Deux secondes plus tard, ils sont sur nous...
Je garde un oeil sur Marine qui déteste entendre les gens dire que le Tueur avait raison de flinguer ces salauds. À mon plus grand étonnement, elle reste calme et sereine. Peut-être à cause de ma présence, j’aime à le penser. Elle lance juste un pique à leur encontre :
- Il ne tue que des pourritures qui détruisent, salissent, des gens honnêtes et droits... vous ne devriez donc rien avoir à craindre.
Un certain silence s’instaure après ses mots. Nelly clame sans attendre :
- Le film commence ! Que tout le monde s’installe.
Je prends le bras de Marine et l’entraîne vers le canapé, avec Joséphine. Nelly qui voulait s’accaparer les places se retrouvent cernés par ses amis. Très bien. Les chaises sont suffisantes pour eux. Néanmoins elle rafle la télécommande et s’écrie :
- Attention, silence ! C’est parti !
Cette petite scène nous donne à Marine et moi, la mesure des problèmes à venir. Ils pensent voir un spectacle !

Nous nous attendons plus ou moins à voir un monstre aux dents jaunes, aux yeux délavés de folie et de haine, et contre toute attente, nous découvrons une autre vérité. L’homme, le tueur, respire l’honnêteté, ses traits expriment une certaine douceur, en fait tout le contraire de celui des tueurs de ma prison ayant la mention : « Vu à la télé ». Son regard bienveillant a un magnétisme puissant qui se révèlera dans les jours qui suivront. Des lettres, d’admiratrices ou d’admirateurs, de soutien, d’amour, et de tout ce qui s’ensuit après un tel tapage médiatique, arriveront du monde entier par centaines, par milliers. Les sacs postaux bientôt envahiront les couloirs de la préfecture de police et mon bureau. Des sociétés lui offriront l’opportunité d’écrire ses mémoires et bien d’autres choses encore plus inconcevables adviendront par la suite. Parce qu’il n’est pas un Tueur comme les autres, et cela je m’en apercevrais la semaine suivante.
Pendant la projection de la séquence où le Tueur exécute avec nonchalance et précision l’avocat marron, Marine me serre le poignet.

Le bruit du coup de feu pouvait très bien avoir été diminué ou bien le micro en était trop éloigné pour l’enregistrer convenablement. Mais, ce petit bruit insignifiant pour une arme de ce calibre me choquait ! Et la suite me laissa perplexe.
Le Tueur tira avec une précision telle qu’il ne blessa personne ou avec de la chance pour que la balle en sortant de la boîte crânienne de l’avocat aille se ficher dans le bois d’un accoudoir.
Une femme éclaboussée par le sang essuya le liquide rouge avec son mouchoir le plus naturellement du monde. Mais, je devais être le seul à trouver ces détails choquants. Vraiment, je me demandais si l’on n’avait pas trop banalisé la violence.
Mon attention ensuite fut attirée par la conclusion de ce film : ils ne savaient pas comment s’appelait cet homme. Alors les médias le nommèrent le « Tueur sans Nom ».
Il n’y avait pas que les journalistes qui ne pouvaient pas mettre un nom sur cet homme. À part la bande de dégénérés et de petits plaisantins habituels qui prétendaient être son frère, son épouse, son père ou sa mère, etc., qui se pressaient d’apporter leur soutien à la justice ; en un mot jeter de l’huile sur le feu et toucher l’argent des médias qui payaient largement ces nouvelles vedettes de pacotille. Personne ne savait qui était le Tueur sans Nom.
Quelques jours plus tard, la police sur les dents mit en détention préventive toutes personnes ayant eu un rapport quelconque de loin et même de très loin avec le tueur, pour complicité de meurtre à tous les degrés. Le lendemain, il ne restait plus au portillon que les très rares témoins qui se défilaient plus vite que des courants d’air ou décrivirent le Tueur comme un grand noir en pagne ou comme un petit blanc rondouillard au crâne rasé. Bref, seuls les cadavres restèrent sagement à la morgue et ne dévoilèrent pas grand chose de plus après leur autopsie.
Parlons-en des autopsies et des examens ! Normalement, une arme laisse une trace perceptible qui permet de l’identifier sans trop d’erreur par un défaut de fabrication, une rayure particulière, sa marque parfois et toute une panoplie de petits secrets utilisés par les fabricants d’armes pour différencier chaque modèle ou calibre. Mais, les armes utilisées par le Tueur avaient la fâcheuse manie de ne laisser aucune trace qui puisse confirmer sa culpabilité. Même la balle, qui frappa la plus belle saloperie du barreau et l’effaça des registres en éparpillant sa cervelle sur vingt témoins, ne portait aucune marque susceptible d’affirmer qu’elle explosa la boîte crânienne de l’avocat. Bref, les experts jetèrent l’éponge en déclarant dans les milieux autorisés que les balles étaient neuves après avoir fait leur oeuvre de mort. Inexplicable ! avouèrent-ils. Le scandale éclata dans les hautes sphères. Donc, le silence instaura sa dictature et les preuves furent fabriquées par des experts expertisant leurs oeuvres avec orgueil le jour du procès devant un jury qui les ignora avec superbe. Un comble ! De si belles preuves mises au rebut !
Il fallut une semaine à toutes les polices de France et de Navarre pour se rendre compte qu’ils n’avaient rien sur cet homme. Alors, on appela discrètement Interpol par des lignes secrètes mises sur écoute. La C.I.A. offrit dans l’heure ses services et ses ordinateurs où la terre entière s’y trouvait en fiche informatique. Les anciens du K.G.B. retrouvèrent les archives, détruites par les flammes un an auparavant, intactes dans leurs anciens locaux. Un miracle ! s’excusèrent-ils. Tous les services mondiaux d’espionnage réveillèrent leurs taupes et ils chamboulèrent la planète, ils déterrèrent des cadavres, ils cherchèrent en vain. Ces messieurs et dames, qui s’unirent pour une unique traque, se plantèrent lamentablement sur le cas du « Tueur sans Nom ». Aucun d’eux ne voulut avouer leur échec commun. Ce fut, Scotland Yard qui lança la prime de renseignement sur le Tueur. Le flegme britannique de cette police légendaire se craquelait-il devant le Tueur. La police française avait déjà balancé le dossier au très secret service d'état et ne voulait plus en entendre parler. Et il fallut arriver à cette conclusion incroyable : cet homme n’existait pas !
Il était vraiment un « Tueur sans Nom ».
L’homme qui défrayait la chronique et que tous connaissaient déjà était le plus parfait inconnu que la Terre eut engendré en un milliard d’années. Pourtant, son vrai procès débuta deux jours plus tard, sur le lieu même de son dernier crime. Et, il était bien là, vivant en chair et en os, assis tranquillement sur le banc des accusés ; son regard détaillant la salle et ses avocats alignés sur plusieurs rangs. Oui, je dis bien sur plusieurs rangs. Tous appartenaient ou étaient affiliés à des pays souhaitant ardemment recueillir en leur sein cet élément de première classe. Ils épluchaient d’ailleurs avec minutie toute la paperasse à la recherche du point virgule mal placé ou ânerie de ce genre qui libéraient un assassin en moins de dix minutes. Mais, notre homme réclama d’une voix sereine et en souriant :
- Messieurs, il me serait agréable de me défendre seul. Je vous prierais donc de remballer vos affaires et de partir sans un mot. Merci, avait-il prononcé d’une voix sereine et quasi envoûtante.
Il faut vous dire que son procès était retransmis en direct via quatre caméras et leurs spécialistes par les meilleurs satellites mondiaux de radio-télévision. Donc à cet instant, la batterie de microphones accrochée sur les rebords de son box capta les paroles du phénomène et un « blanc », un silence d’une vingtaine de secondes, suivit ses phrases. Je ne me tromperais pas en disant que seuls des bergers sourds qui gardaient leurs moutons dans les alpages du Tibet ne se figèrent pas de stupéfaction. L’exagération n’étant pas mon fort, je me suis surpris cet après-midi là dans un état proche de l’apathie à regarder bêtement la télévision dans mon bureau directorial. Ma raison reprit le dessus et en me traitant d’idiot, j’allais éteindre cette maudite machine à image hypnotique quand les avocats se levèrent et quittèrent le prétoire.
Les avocats du « Tueur » s’en allèrent sans un mot, laissant pantois le juge et le procureur général.
Le magistrat, maître en ces lieux, leva son marteau et frappa violemment le bureau. Sa voix sonna comme un coup de gong :
- Mais qui êtes-vous pour vous permettre...
Le juge ne termina pas sa phrase, comprenant que sa question était éminemment empreinte de bêtise. Les yeux du magistrat se braquèrent sur le « Tueur sans nom » qui lui sourit et lui lança un clin d’oeil complice.
- Mais qui êtes-vous ? questionna violemment le juge qui perdait son sang-froid.
Le Tueur ne répondit pas.
Par contre dans la salle, des murmures s’élevèrent lentement. Le marteau s’abattit plusieurs fois sur le bois. On ne la faisait pas à un vieux juge qui ne se laissait jamais déborder par une salle prête à exploser.
Le juge réfléchit quelques instants et déclara :
- Tant que la cour ne connaîtra pas votre identité vous resterez en prison, Monsieur l’inconnu. La justice française apprendra votre identité tôt ou tard et vous punira. En attendant, je vous condamne pour outrage à Magistrat.
Le bloom de son marteau clôtura ce procès étrange sous les huées de la salle. Le juge quitta le tribunal en vitesse et démissionna dans l’heure. Les hautes instances lui refusèrent sa demande et puis quoi encore, un magistrat de la cour de Justice ne devait jamais se déculotter devant un meurtrier quel qui soit. Le juge les envoya se faire foutre, ils n’avaient qu’à y aller à sa place.
Quand le gendarme, après le départ du juge, remit les menottes aux poignets du « Tueur sans Nom » en évitant soigneusement de le regarder, la foule gronda de colère. Le pauvre gendarme essaya d’ignorer les gens, mais la tension monta d’un cran. La porte du tribunal céda à cet instant. Et je n’en crus pas mes yeux ! Le « Tueur » tourna la tête vers tous ces visages et leur fit un clin d’oeil en souriant. Tous les mouvements de velléité s’évanouirent et des signes amicaux lui furent envoyés. Il entraîna le gendarme avec lui et disparut de la salle.
J’éteignis le poste de télévision, en me posant des questions sur cet individu. Mes convictions en prenaient un coup. Il fallait que je me ressaisisse et vite, j’étais directeur de prison et non, un animateur de vacances organisées.
Le téléphone sonna. Je décrochai nonchalamment.
- Oui.
La standardiste m’annonça mon interlocuteur en murmurant et je sursautai dans mon fauteuil comme piqué par un scorpion.
- Monsieur le directeur, c’est Monsieur le ministre de l’intérieur.
Les clics sonores m’avertirent que la communication venait d’être établie. La voix de mon correspondant me confirma que j’avais bien en ligne le ministre de l’intérieur.
- Monsieur Granthe, je vais être très bref... Il attendait que je prenne bien note de son appel.
- Oui, Monsieur le ministre.
- Bien. À 17 heures, vous accueillerez qui vous savez. Je veux un maximum de précautions. Il ne doit d’aucune manière partager quoique ce soit avec les autres détenus. Est-ce bien clair, Monsieur Granthe !
- Naturellement...
- Bien. Pas de bruit, surtout pas de bruit. Vous me comprenez, Granthe.
- Oui.

LE TUEUR EN PRISON

J’accueillais le jour même à 17 heures, cet individu ; ce « Tueur sans Nom » qui liquidait les crapules et les pires pourritures de notre société. Comment voulez-vous qu’il ne s’attire pas la sympathie du public après ça. Il n’avait jusqu’à ce jour jamais touché ou tué un innocent et qui plus est n’en laissait pas un moisir à sa place en prison. Après ça essayez donc de le détester.
Vers 16 heures, tous mes gardiens étaient présents à l’appel ainsi que tous les détenus au sein de l’édifice carcéral. Rien que l’idée que cet homme soit incarcéré ici, me donnait la chair de poule. Pour l’instant, le secret avait été bien gardé par les instances judiciaires et personne ne savait dans quelle prison il séjournerait. A part les prisonniers qui se doutèrent de la chose par l’affluence de mes hommes inquiets par sa venue.
Le “Tueur sans Nom” arriva encadré par deux gendarmes sur les sièges arrière d’une estafette, escortés par les motards et les voitures banalisées de la police nationale, suivis par des dizaines de véhicules bariolés des insignes de radios et autres télévisons. Le tintamarre attira tous les badauds à la ronde. La rue se transforma rapidement en stand de foire, à mon plus grand regret. Le bruit extérieur envahit peu à peu les couloirs silencieux. Je m’attendais à un état de tension extrême dans les heures à venir.
D’un pas rapide, je quittai mon bureau quand je vis par ma fenêtre le véhicule de gendarmerie entrer dans la prison. Pourquoi suis-je descendu l’accueillir ? Je n’en sais rien. La curiosité d’approcher cet homme qui défiait les instances supérieures, peut-être ou tout simplement, voir ce “Tueur sans Nom” devenu une vedette en quelques semaines.
Les lourdes portes du dernier modèle de prison ultra-moderne se refermèrent sur lui en claquant. Croyez-vous que cela le gêna outre mesure ? Pas le moins du monde. Il me donna l’impression d’un homme qui rentrait chez lui après une bonne journée.
Tout me frappa chez cet homme, son calme, ce sang-froid exaspérant devant toutes situations, sa droiture, son regard franc, sa poignée de main, sa démarche, son allure. Tout ! Il n’était pas ordinaire qu’un tueur ne possède pas ce petit signe distinctif qui l’éloigne du commun des mortels par un excès de morgue ou de culpabilité. Il n’était pas un malfrat ou un meurtrier, depuis nombre d’années que j’en côtoyais ici, je savais les reconnaître au premier coup d’oeil.
Il me tendit une main et je lui accordai ce geste d’hospitalité, sous les yeux ébahis de mes gardiens. Il ajouta :
- Je ne vous dérangerai pas, Monsieur Granthe. Je vous le promets.
A la fin de sa phrase, il me donna les menottes qui lui enserraient les poignets avec une facilité déconcertante, comme si elles n’étaient qu’un accessoire de déguisement. Un gendarme me les reprit et les replaça sur ses poignets. Il sourit ! Cinq mètres plus loin, elles tombèrent par terre. J’ordonnai par geste au gendarme de clore l’incident.
Je déclarai au chef maton :
- Vous me le mettrez en QHS. Les horaires de sorties ne devront en aucun cas être similaires aux autres prisonniers. Compris ?
- Oui, monsieur le directeur.
- Au fait Cassan, qui lui a donné mon nom ?
- Je ne sais pas Monsieur... bredouilla-t-il.
- Ce n’est pas grave, il l’aura certainement lu dans un journal. Surveillez-le avec attention et ne le quittez pas d’une semelle.
Mon chef maton me salua et au pas de course rejoignit le Tueur.
Je retournai dans mon bureau avec la fâcheuse impression que cet homme me causerait des problèmes.
Cela ne tarda guère.
Entouré par une escorte de trois gardiens, ils empruntèrent le couloir central ! Il n’en fallait pas moins pour déclencher un barouf du diable.
L’accueil de mes détenus me pétrifia sur place, il me fit même oublier le brouhaha extérieur. J’allumai le moniteur de contrôle et les voix envahirent mon bureau.
Le “Tueur sans Nom” avançait calmement avec mes gardiens, d’une démarche assurée. Tandis que les autres matons essayaient de faire taire certains détenus qui hurlaient des insanités à son sujet.
- Hey ! Machin ! T’es qu’un enc...
Le “Tueur sans Nom” fixait alors celui qui l’interpellait et le faisait taire par la même occasion. Sa prestance était telle que mes gardiens ne bougèrent plus en voyant que cet homme, d’un regard calmait les plus excités.
Certains l’applaudirent en lui souhaitant bonne chance. A ceux-là, il faisait un signe amical de la main. Il ralentit devant plusieurs cellules, sans que mes gardiens s’en formalisent davantage. Un comble !
Quand, ils disparurent du couloir central, il lança d’une voix sereine :
- Bonne nuit...
Un calme étonnant régna au coeur de la prison après son passage.

Le Tueur était arrivé depuis sept jours et j’avais sept cadavres sur les bras. Sept détenus avaient trouvé la mort dans leurs cellules, les douches et les ateliers. Des morts naturelles ou des suicides conclurent tous les rapports. Mais personne ne voulait croire ces rapports sauf moi, parce que je devais avant toute chose montrer l’exemple pour éviter que mes gardiens ne tombent eux aussi dans la psychose du “Tueur sans nom”.
Mes détenus me filaient entre les doigts, vu que cette sorte d’évasion ne me déplaisait pas outre mesure, je ne m’en formulais pas. Mais ces évasions déplaisaient fortement aux échelons supérieurs. Avec un cadavre par jour, j’avais Monsieur le ministre de l’intérieur au téléphone de plus en plus souvent.
- Monsieur Granthe, nous devons arrêter cette hécatombe. La justice ne peut se permettre de perdre ses ouailles mais où irions-nous, je vous le demande.
- Nous fermerions les palais de justice, Monsieur le...
- Votre sens de l’humour ne me fait pas rire, Granthe.
- Vous préférez avoir ma démission dans ce cas.
Je connaissais déjà sa réponse ! Qui aurait voulu reprendre les rênes d’une prison où chaque jour un détenu trouvait la mort, avec le “Tueur sans Nom” en prime.
- Allons, allons, calmons-nous. Les derniers événements nous soumettent à rude épreuve et je souhaite que vous restiez à la place qui est la vôtre. Seulement cette hécatombe a une régularité disons assez déplaisante. Les journaux le titrent à la une sous toutes ses formes. Un jour, un mort ! et je vous passe leurs commentaires. Le Président voudrait que cela reste dans le secret.
- Moi aussi, croyez-le bien ! Malheureusement, nous n’avons pas de chambre froide pour les cadavres.
- Je le sais ! Dans un premier temps, pour vous aider dans votre tâche, je vous envoie du renfort. Et ensuite, tous les détenus passeront une visite médicale pour les raisons que vous connaissez. Dites-moi, une chose Granthe... Entre nous, ce Tueur ne se glisse-t-il pas dans leurs cellules avec l’aide de vos gardiens ?
- Non ! déclarai-je d’un ton sec. Les maladies et le suicide ne peuvent être l’oeuvre du Tueur.
- Je vois, je vois...
Ce con ne voyait rien du tout et il allait m’accuser de prêter main forte au Tueur.
- Monsieur le ministre, une crise cardiaque, une rupture d’anévrisme, une pneumonie, sont l’oeuvre de mère nature et non celle d’un Tueur.
- Je voulais être sûr que vous aviez la tête sur les épaules. J’en suis certain maintenant et ne vous laissez pas impressionner par les journalistes...
Je laissais un silence pesant pour qu’il comprenne bien que la presse ou la télévision ne me visaient pas et ne me gênaient pas le moins du monde. Monsieur de la ministrose le comprit et reprit sur un ton badin.
La conversation continua sur un ton plus détendu et faux. Je haïssais cela. Beurk ! Je vomis sur ces gens qui ont le pouvoir de vous faire bouffer les pissenlits par la racine.
Une trentaine de gardiens supplémentaires investirent ma prison dans l’heure au plus grand soulagement de mes matons.

Le huitième jour, alors qu’un troisième contrôle des prisonniers s’effectuait et qu’aucun autre cadavre ne venait me pourrir l’existence, je soufflais. Une idée bizarre me traversa l’esprit.
Mon doigt écrasa l’interphone :
- Bakerton !
- Oui, Monsieur.
- Amenez-moi le “Tueur sans nom”.
Sa voix trembla quand il me répondit :
- Mais... je suis tout seul, monsieur. Je vais appeler d’autres gardiens.
- Pour quelles raisons ?
- À cause des autres prisonniers, Monsieur ! Ils disent tous que c’est lui qui les a ...
- Qui les a quoi ? Bakerton !
- Tués, monsieur.
Une douche froide se déversa sur moi.
- Bon Dieu ! Il est en QHS, comment voulez-vous qu’ils puissent...
- Mais Monsieur, il n’est pas en QHS !
- Pardon ! J’avais ordonné qu’il soit placé en QHS. Je veux que vous appeliez le Chef maton tout de suite. Bon Dieu de merde ! Exécution, Bakerton et au trot.
Mon secrétaire coupa la communication en murmurant que j’étais le plus gros connard de la rue des gros cons. J’allais lui faire regretter ces paroles.
Une demi-heure plus tard l’alerte générale sonnait. Je sursautais sur place ! J’ouvrais la porte violemment quand cet idiot de Bakerton me percuta en entrant à toute volée. Vu que j’étais plus lourd, c’est lui qui vola à travers son bureau et se blessa l’épaule sur le coin de sa table. Il réussit néanmoins à me jeter au visage :
- Il s’est évadé cet enculé...
- Merde ! Bougre de con !
Il riait presque en me balançant :
- Un autre mort ce soir... connard toi-même.
Je ne pus me retenir et mon pied vola dans sa tronche de pastèque desséchée. Sa lèvre pendouilla mollement sur son menton.
- Les tables ne sont pas aussi fragiles, Bakerton.
Je filais à toute vitesse vers le poste de garde. Trois gardiens vérifiaient sur les écrans de surveillance le moindre mouvement suspect. Ce qui me surpris le plus, c’est le calme qui régnait dans les couloirs de la prison.
- Que se passe-t-il Armando ?
- Monsieur ! Je ne comprends rien, quand un des leur s’évade, ils font un bazar monstre et là que dalle. Ils ne bougent pas. Ils crèvent de trouille, Monsieur. Le “Tueur sans Nom” leur fout une trouille maousse.
- Et c’est lui qui s’est évadé en plus !
Armando et les autres gardiens me regardèrent avec stupeur.
- Non, monsieur ce n’est pas lui.
- Alors qu’est que m’a raconté ce con de Bakerton.
- Des conneries comme d’habitude. Heu...
- Oui, Armando. Y’a-t-il autre chose ?
- Le prisonnier, évadé, a été retrouvé mort dans le réfectoire.
Je dus faire un effort pour comprendre les mots d’Armando.
- Et personne ne surveillait cet endroit ! Hurlais-je.
Il secoua la tête par la négative...
- Désolé, je suis sur les nerfs.
- Nous comprenons Monsieur le directeur. Nous pouvons couper l’alerte ?
- Oui, oui ! Naturellement...
Le silence se fit et un plan de la cellule du “Tueur sans nom” me figea sur place. Il était couché sur son lit. Il lisait tranquillement un roman policier à ce qu’il me semblait.
- Armando et Rougiere vous allez me transférer le “Tueur sans nom” dans les QHS.
Rougiere se tourna vers moi interloqué :
- On ne vous a pas mis au courant. Les Quartiers de Haute Sécurité ont été inondés et les portes sont bloquées par de la boue et des saloperies. La note de service ne vous pas été donnée par Bakerton... Armando se gratta le menton en grimaçant, cherchez pas patron. Ce con de Bakerton ne vous a pas fait suivre la note de service.
- J’avais compris moi aussi. Appelez-moi le ministre de l’intérieur, nous allons nous débarrasser de son neveu immédiatement. Par contre, je veux le tueur dans mon bureau d’ici dix minutes.
- Merde ! Vous voulez que les autres détenus nous mettent la prison à sac. Le mieux c’est que vous y alliez avec une escorte. On mettra des matons sur les passerelles, les nouveaux gardiens vous accompagneront.
Je fixai Rougiere qui détourna les yeux. Il avait peur, je le sentais. Mais peur de quoi ? Du “Tueur sans nom” ! J’aurais dû m’en méfier aussi. Un homme qui n’a aucun passé devrait susciter bien plus de prudence chez celui qui n’a pas de futur. Je l’apprendrais à mes dépens dans les jours à venir.
Je n’avais pas pu voir le “Tueur” à cause du huitième cadavre qui était mort par étouffement, une bouchée de pain en travers de la gorge. Pour la seconde fois de la journée, j’eus l’immense plaisir d’avoir au bout du fil le Premier Ministre et son grand patron qui m’invita dans son bureau au même moment.

Je n’avais pas eu le temps de m’asseoir face au Président que son téléphone sonnait et qu’il me passait le combiné.
- C’est pour vous, me dit-il tout en me détaillant gravement.
Aucun muscle de mon visage ne tressaillit quand la voix du chef maton me murmura :
- Le... le Tueur sans ...
- Oui, Armando.
- Il s’est fait la malle. Il a assommé Cassan et hop ! A part les prisonniers qui sont heureux et qui chantent son départ, nous, on sait pas ce que l’on doit faire Monsieur ?
- Combien de temps ?
- Environ dix à quinze minutes qu’il s’est envolé, Monsieur.
- Bien, murmurai-je.
Je ne mis que quelques secondes pour élucider mentalement son évasion. Je ne savais pas pourquoi, mais je le sentais confusément derrière la porte du bureau du Président.
- Ne faites rien, il est sûrement ici avec moi. Compris.
- Oui, Monsieur.
Je raccrochai l’appareil en me levant sous le regard interrogatif du Président.
- Que se passe-t-il ?
- Vous allez le savoir, tout de suite monsieur le Président. Entrez donc, venez nous rejoindre.
Une seconde passa et le Président regarda la porte à double battant. Puis son regard bascula vers moi, j’étais rouge de confusion. Cinq secondes passèrent et la porte ne s’ouvrait toujours pas.
- A quoi jouez-vous Monsieur Granthe ! Voulez-vous m’expliquer et cessez immédiatement ces enfantillages.
Je me rassis rouge de honte cette fois-ci.
- Je vous présente ma démission, Monsieur le président...
- Non, non. Ne faites pas ça ! Excusez-moi pour le retard.
Je bondissais hors de mon fauteuil au son de cette voix qui résonna dans mon dos et me hérissa les cheveux sur la tête. Ma mâchoire faillit tomber parterre quand je reconnus le Ministre de l’intérieur. Le président s’amusa de la situation qui n’avait pour moi rien de bien drôle et d’un geste souple m’ordonna de me rasseoir.
L’arrivée impromptue du Ministre me prit tellement au dépourvu que je ne puis dire un mot. Il venait sans le savoir de me sauver d’une éjection radicale. S’il avait su ainsi que le Président que le Tueur vadrouillait dans les rues et que je pensais qu’il se trouvait dans les couloirs de l’Elysée, il ne serait pas assis à côté de moi tout sourire. Il prit la parole immédiatement :
- Nous savons la vérité ! s’exclama-t-il. La faute revient entièrement à mon neveu, Bakerton. Monsieur Granthe n’est absolument pas en cause. Mes services d’ailleurs s’occupent activement de ce mauvais élément qui a déjà avoué les meurtres des huit prisonniers en utilisant le “Tueur sans nom” comme couverture. Il utilisait des poisons rares pour éliminer ces victimes et ainsi déjouait les analyses des médecins qui ne constataient que des morts naturelles ou des suicides.
J’ouvrai la bouche comme un poisson en train de se noyer par un trop grand afflux d’oxygène.
- Je comprends votre confusion, Granthe. Votre coup de fil m’a permis de comprendre. Je suis sincèrement désolé de vous avoir mis entre les pattes d’une telle canaille. Vos états de service n’en pâtiront pas, vous pouvez en être certain.
- Merci. Bredouillai-je.
Pour la première fois de ma vie, je fermais ma grande gueule et quittais encore tremblant le palais de l’Elysée. J’essayais de me calmer en grillant cigarette sur cigarette.
Je fonçais vers la prison.

Les premiers mots qu’Armando me glissa à l’oreille, venu m’attendre à la porte d’entrée, me glacèrent les sangs.
- Il est dans votre bureau, Monsieur. Et, les barbouzes ont arrêté Bakerton.
La seconde partie de sa phrase ne m’intéressait pas, mais par contre de m’avoir dit : “Il” est dans mon bureau !, me tétanisa sur place. Le “Tueur sans Nom” n’avait pas bougé d’ici. Néanmoins, après quelques secondes, la pression accumulée durant ces dernières heures se relâcha et je pus respirer à nouveau normalement. Pourquoi ce nom de dieu de Tueur me foutait autant la trouille. L’ambiance et la psychose collective déteignaient sur ma personne. Il me fallait remettre les pendules à l’heure et ainsi retrouver mon calme intérieur.
Je sautais de voiture laissant le soin à un autre maton de la garer, tandis qu’Armando me suivait en courant vers mon bureau.
- Nous nous poserons des questions plus tard.
- Oui, patron.

“Il” était là, assis en face de mon bureau, tranquille comme à son habitude, feuilletant le journal de la veille. Je n’osais même pas l’interrompre, tellement j’étais soulagé de le voir à cette minute. Je souriais !
Je le contournais en silence pour aller m’asseoir dans mon fauteuil. Le bruit caractéristique d’un journal que l’on referme me permit de l’affronter de face. Ses yeux d’un noir profond se plantèrent dans les miens, me fixèrent, me transpercèrent l’âme, m’hypnotisèrent. Quand il détourna la tête, je ne pouvais plus faire un mouvement. Je n’avais plus le contrôle de ma personne. Là, j’avais peur ; de cette peur qui vous submerge comme une vague déferlante ; de cette peur ancestrale de l’étrange et de ces mondes obscurs qui nous entourent emplis d’anges ou de démons. Je me souvenais des paroles de mon grand-père : “Tes yeux ne peuvent pas voir ce qui est au fond de toi. Pourtant tu sais qu’elles sont là et tu les vois avec ton oeil intérieur. Alors ouvre les yeux et regarde le monde !”
Son visage trahissait une vague émotion de tristesse, mais ce n’était peut-être que l’effet de la faible lumière de ma lampe. Les ombres fuyaient sur ses traits lisses.
- La vue de ces amas de bétons me navre... Vous vouliez me voir ? Mais, vous n’êtes pas venu. Je me désespérais de votre visite. Alors je suis venu à vous... Vous pouvez parler.
- Je ne peux plus bouger. Armando saisissez-vous de lui !
Juste les yeux de mon gardien bougèrent légèrement et ce fut tout. Ma peur grandit et une transpiration froide me couvrit le front. Ma bouche se ferma d’elle-même.
- Tut, tut... Cela ne sert à rien, mais je comprends votre réaction. Le conditionnement parfait d’un homme habitué au quotidien maussade d’une vie sans anicroche, sans surprise. La confrontation avec l’anormal peut vous perturber en toute honnêteté. Ecoutez votre grand-père et regardez avec votre oeil intérieur.
Un sentiment étrange et contradictoire me parcourut, je voulais avoir peur de comprendre que cet homme, ce “Tueur sans Nom”, n’était pas un humain ordinaire. Oui, je voulais avoir peur. Seulement, je n’arrivais plus à avoir peur de ce qu’il pouvait être. Mes pensées se contredisaient sans cesse et il restait un anonyme aux pouvoirs défiants quiconque.
- Je vois que votre visite chez le Président a été intéressante, dit-il.
Il leva les yeux vers le plafond en souriant.
- Donc, ce cher Mr Bakerton a avoué tous ces crimes. Oui, oui... Très intéressant. Continuez votre histoire. Il rit. Vous avez compris que je possède des talents psychiques, pourtant dans notre société cela n’existe pas. Voyons ! Revenez sur Terre mon ami, gronda-t-il d’une voix sans appel.
Il riait à gorge déployée. Un rire profond qui fit renaître en moi mes terreurs d’enfance où la nuit cachait en son sein les forces maléfiques des mondes que mon grand-père évoquait parfois avec les vieux du village.
- Auriez-vous compris encore d’autres de mes secrets, Granthe ? Dit-il avec ma voix.
Il imitait ma voix à la perfection. Dans un brouillard flou, je vis son visage trembler et prendre mes traits. Cela dura peu et je respirais un grand coup pour chasser cette vision. Je tremblais de nouveau de peur et j’avais la chair de poule. Je réussissais dans un effort suprême à prononcer :
- Mais qui êtes-vous ?
- J’ai déjà entendu cette question quelque part. Oui ! s’écria-t-il joyeux. Le jour de mon procès. Bon ce n’est pas tout, mais je dois partir. Très sympa ces vacances, un peu de repos par-ci par-là ne me fait pas de mal de temps en temps.
Il se frotta les mains en se levant. Ses yeux parcoururent la cour intérieure et les nombreuses fenêtres grillagées. Ses lèvres bougèrent légèrement. Ses mots arrivèrent lentement à mes oreilles :
- Au feu !... Allez, Monsieur Granthe et ce cher Armando. Joyeuses fêtes de Pâques. Et n’oubliez pas, au feu ! murmura-t-il.
Il se dirigea vers la porte.
- Pousse-toi ! Gronda sa voix à un Armando pétrifié qui s’exécuta.
Il franchit la porte et me salua une dernière fois tout en murmurant d’une voix douce :
- Au feu...

Je restais là comme un idiot à fixer le gardien Armando qui transpirait à grosses gouttes. Et comme dans un rêve le premier cri me fit sortir de mon apathie.
- AU FEU !
Une explosion retentit et les flammes éclatèrent dans la cour. Les sirènes hurlèrent. Armando cria :
- LE FEU ! Il y a le feu !
Il partit en courant, dévalant les marches comme s’il avait le diable aux trousses.
Je le suivis avec quelques secondes de retard, la peur au ventre.

Les pompiers arrivèrent quand la prison s’écroula d’elle-même sur les mille cents détenus prisonniers des flammes cette fois-ci. La nouvelle courut plus vite qu’une traînée de poudre. Les gardiens, les quelques détenus ayant réussi à s’enfuir du brasier, les flics, les journalistes, tous ne disaient qu’une seule phrase :
Le “Tueur sans nom” avait succombé dans l’incendie.
Pour les journalistes, cette nouvelle était terrible parce que l’on ne saurait jamais qui était cet homme sans nom.
Je voulais leur hurler qu’ils avaient faux sur toute la ligne et que le “Tueur sans Nom” se baladait en ville. Mais, ma raison fut la plus forte : tais-toi ! hurlait-elle. Je me tus pour la seconde fois de ma vie.
Je donnais pour la seconde fois ma démission et on me la refusa aussi sec. Il leur fallait un coupable !
Ma femme me soutint ainsi que mes enfants et toute une clique d’inconnus qui voyaient que le gouvernement laissait un de ces “enfants” en pâture aux rapaces. Je tins le coup jusque là sans rien dire au sujet du “Tueur sans nom”, mais qui m’aurait cru. Les pompiers retrouvèrent un corps dans l’emplacement présumé de sa cellule et qu’il n’y avait aucun disparu sur les listes. Et Armando ne se souvenait plus de l’épisode de mon bureau à part le moment de notre arrivée où il vit les flammes éclater dans la cour et réduire ma voiture en cendre.
Sept mois plus tard après une multitude de procès sur l’incendie - il fallait bien que les avocats se trouvent du travail puisque tous leurs clients n’avaient plus besoin d’eux - qui réduisit cette prison modèle en miettes, je reprenais les rênes de la nouvelle prison : le pénitencier. Et ceux qui furent jugés coupables, les promoteurs non, les ouvriers non plus, les ingénieurs qui n’avaient pas prévu de système de lutte contre l’incendie en nombre suffisant se retrouvèrent enfermés dans la nouvelle bâtisse qui recouvrit l’ancienne.
Le jour de l’inauguration, j’en étais sûr, je l’ai vu me sourire quand les lames du ciseau entaillèrent le ruban. Le ministre de l’intérieur à mes côtés, en reprenant de justesse le ciseau que je venais de lâcher par la surprise, trébucha aussi sec, me bouscula et m’envoya valdinguer du haut de l’estrade vers le sol en béton.
Deux ambulances furent nécessaires ce jour là, une pour moi et l’autre pour le ministre qui s’embrocha sur les lames du ciseau. Un hara-kiri du plus bel effet à l’heure du repas présenté par des journalistes toujours aussi soucieux de vous faire dégueuler sur vos gosses tout ce que mémère a préparé avec amour.
Je restais deux jours à l’hosto, je n’avais rien. Une chute de cinq mètres de haut sur un sol en béton ne m’avait refilé que quelques bleus. Me voilà immédiatement remis sur les feux de la rampe, comme le dur des durs, le bloc d’acier, le directeur de fer. Les journaux après avoir montré les tripes de notre cher ministre en trois dimensions, me rattrapèrent à ma sortie de l’hosto. Les titres, les photos, dépassèrent de loin toutes les conneries réunies.
“Le nouveau patron est un dur, il chute sur du béton ! C’est le béton qui craque ! (Voir encart photo page 2 & 13.)”
“Le taux de criminalité a baissé depuis que Granthe, le patron en acier trempé, reprend les rênes du pénitencier.”

Je suis resté sept ans le patron de ce foutu pénitencier. Où d’ailleurs personne n’osait plus s’évader. Mon curriculum vitae avait fait le tour des détenus et se passait très vite de cellule en cellule. Ils m’avaient même refilé la paternité des meurtres des huit anciens détenus, me soupçonnant d’avoir moi-même incendié l’ancienne prison pour pouvoir marcher ensuite sur les cendres du “Tueur sans nom”. Suivant toutes les histoires que mes gardiens me colportaient, une revenait régulièrement me hanter : Le Tueur se baladait dans la prison en toute impunité, la nuit comme de jour. C’était surtout ce dernier point qui me chagrinait le plus, il est vrai que quelques détenus avaient survécu et qu’ils pouvaient raconter n’importe quoi. Seulement, toute légende avait un fond de vérité et pour en avoir le coeur net, je les avais convoqués un à un dans mon bureau pour éclaircir cette histoire qui voulait que le “Tueur” se balade comme l’enfant prodige au sein de l’édifice comme il le racontait. Mais à chaque fois c’était la même chose, ils voyaient en moi le second tueur et ils avaient trop la trouille de parler de lui.
Une fois, j’avais réussi à délier la langue d’un détenu en lui offrant de l’alcool pendant une conversation. Il était âgé et ne devait pas tenir jusqu’à la fin du mois. Le cancer. Il ne pardonnait pas, lui.
- Josh, je t’offre la possibilité d’aller voir ta famille et tes gosses avant que tu ne passes l’arme à gauche. Si, tu me racontes la vérité sur le “Tueur sans nom”...
Il me fallut près d’une bouteille de rhum pour qu’il me dise une chose :
- Une nuit... ouais, en pleine nuit... je me suis réveillé à cause de mes rhumatismes à hurler de douleur. Putain que j’avais mal et là...
J’étais accroché à ses lèvres et je lui versai encore une goutte dans son verre quand il passa l’arme à gauche. D’un coup, il ouvrit la bouche, avala d’un trait l’alcool. Son visage exprima un instant de bonheur et il s’effondra sur son siège.
- Armando !
Le chef des gardiens franchit la porte et s’arrêta net.
- Merde ! Patron...
- Dis à Vallero, qu’il appelle un médecin légiste.
Le nouveau ministre de l’intérieur, un vieux de la vieille, étouffa l’histoire avec des moyens aussi peu conventionnels et dégueulasses que du vomi du chien, mais je l’en remerciais néanmoins chaleureusement. Je n’étais qu’à cinq mois de la retraite et il fit tout son possible pour que j’y parte aussitôt que possible, à mon plus grand bonheur.

Alors que je croyais me la couler douce jusqu’à ma mort prochaine, cet enfoiré de “Tueur sans Nom” revint me voir chez moi ! Oui, chez moi ! En pleine cambrousse, perdu au milieu des champs, à quarante kilomètres des plus grandes agglomérations qui ne sont que Laval et Angers, distante chacune de quatre-vingts kilomètres.
Je bricolais un truc dans le poulailler quand une voix m’interpella en rosbif, en Amerloque ! Je pensais à un vacancier perdu. Je me retournais et j’ai failli avoir un débordement de l’aorte du côté du coeur. Mon cerveau faillit exploser par un afflux sanguin digne d’un tsunami japonais après un tremblement de terre.
Il me fit un clin d’oeil amical.
- Ha ! Ha ! Je vois que l’on se souvient de son vieil ami. Tu me présenteras à ta femme, rouleau compresseur, sourit-il.
- Bon dieu de merde !
- Tu n’as décidément pas changé Granthe, toujours aussi peu enclin à sortir de son quotidien.
Ma femme tout sourire vint nous rejoindre et me lança :
- Vous lui avez fait peur. Pourtant, il m’avait prévenu. Monsieur voulait que je t’appelle pour que tu ne fasses pas une crise cardiaque. Il savait que tu aurais l’impression de voir un fantôme. Et je vois qu’il n’avait pas tort... J’ai préparé le café. Vous venez !
Elle s’éloigna en maugréant :
- Ces hommes toujours à faire des blagues.
- Charmante ta femme. Non, tu ne vas pas me dire que tu ne sais toujours pas qui je suis ! Vieux farceur, va ! Et, moi aussi j’ai vieilli. Je ne suis plus tout jeune. T’as vu ça, j’ai fait un ourlet à la ceinture. Ben, tu dis pas grand chose.
- J’ai pas grand à chose à dire ! Je ne veux qu’une chose que tu te barres d’ici. Merde ! Je t’avais oublié, enfoui loin de mon présent. Pendant un an, je n’ai pas pu dormir dans le noir ! Va-t-en, je t’en prie.
- Tut, tut... Je partirai quand j’aurai réglé ton compte.
Je chancelais sur place, avec cette peur qui revint charrier ses eaux pourries dans mes veines.
- Hé ! Du calme. Je me suis mal exprimé, c’est plutôt notre compte ! Tu m’as aidé. Souviens-toi, le ciseau... Génial ! Je ne savais pas comment me le farcir. Cet affreux ne faisait rien par lui-même, toujours un innocent à ses côtés et ce jour là, tu me vois ! Pam ! Tu lâches le truc, l’autre il le récupère ! Merveilleux... s’exclama-t-il. Pour t’éviter des ennuis, il t’a poussé dans le vide, charitable de sa part. Quoique... je l’ai un peu aidé pour qu’il te pousse. Et encore plus génial, tu trouves normal de chuter de cinq mètres sur du béton sans te casser un os. Il riait. Tu vas me dire que j’en ai mis du temps pour venir payer ma dette. Tu sais moi et le temps on est plutôt copain et on s’oublie. Bon, si on allait le boire ce café, ta femme nous a fait des merveilles au sucre et j’adore ça.
- Je ne t’ai pas aidé le moins du monde !
- Mais si ! Tu savais que j’étais là alors que tous les autres ne me voyaient pas. Incroyable, tu es le premier à me voir même quand je ne suis pas là. Faut bien que je te récompense pour ça.
- Mais qui es-tu ? Madre de dios !
- Tiens ! Tu parles espagnol maintenant. Ce que je suis ? Tout ce que tu penses, tout ce que tu veux, tout ce que tes yeux veulent bien voir... Je n’ai pas de définition exacte. Si peut-être, un homme parfait... grimaça-t-il. Oui, peut-être... Tu es satisfait de ma réponse. Par contre là où tu as été salaud, c’est d’avoir voulu tirer les vers du nez de ce pauvre Josh. Il lui restait encore un mois à vivre. Mais, c’est pas grave. Il ne t’en veut même pas ! Sa femme était aussi grosse que conne ainsi que ses gosses. Alors, tu penses. Allez ! Tu me déçois, Alphonse. Reste cool ou je vais être obligé de prendre ton contrôle pour que ta femme ne se fasse pas de mouron.
Je me détendis légèrement. Enfin, j’essayais et un semblant de calme me traversa. Putain de Dieu ! Je ne m’habituais pas à l’idée d’avoir en face de moi cet être mi-homme, mi-démon. Je ne savais même pas en quoi croire. Mes idées étaient toutes plus saugrenues les unes que les autres ; un coup il était le diable ou un dieu, ou un surhomme ou encore un extraterrestre dangereux. Et le pire d’entre eux.
Et tout à coup, j’ai eu une idée diabolique.
Il me fixa et cria :
- Il a trouvé ! Elle est géniale cette idée. Marché conclu ! Alors, on va le boire ce café ?
Le lundi matin à neuf heures précises, je passais la porte du quai d’Orsay avec le “Tueur sans Nom”. Notre arrivée ne fit aucun bruit. Personne ne se rappelait le visage de cet inconnu qui défraya la chronique sept années plus tôt.
Comme deux amis préparant une bonne blague, on monta l’escalier quatre à quatre jusqu’à l’étage de la police criminelle. Il demanda le commissaire Couillantrin. Un inspecteur lui répondit d’un geste de la main qui voulait dire: “Au fond du couloir et allez vous faire foutre.”
A ce moment là, il me cogna dessus et me projeta sur l’inspecteur qui reçu mes cent kilos de viandes sur ses petites jambes frêles. Avant même que je ne réalise ce qu’il faisait, il entra violemment sans frapper dans le bureau de Couillantrin et gronda d’une voix puissante, qui me pétrifia sur place et tous ceux se trouvant dans les couloirs et les bureaux adjacents :
- Ton heure est venue, ordure ! Couillantrin t’es un homme mort ! Dit-il en pointant sa main vers sa tête.
De sa gorge sortirent les cris d’une multitude d’enfants affolés et il se propulsa tel un fauve sur le flic. Couillantrin recula précipitamment vers le mur avec sa chaise à roulettes.
Le “Tueur sans nom” lui tira la langue avant de le tuer. Son bras prolongé d’un pistolet automatique qui cracha neuf balles. La tête du commissaire Couillantrin explosa et se répandit sur les murs.
Je me relevai avec une vivacité que je ne me connaissais pas et me projetai sur cet homme sans nom. Il souriait.
Il murmura à mon oreille : “Bien joué ! On va leur en faire voir à tous ces couillons.”

Le lendemain 05 février, à la une de tous les journaux du monde :
“L’ancien patron du pénitencier, Granthe dit le concasseur, retrouve le “Tueur sans nom” et le livre à la police criminelle. Jouant de malchance, il le donne à un jeune inspecteur qui se laisse avoir par le “Tueur sans nom” qui en profite pour tuer de neuf balles le commissaire Couillantrin (Célèbre pour l’affaire des enfants de Melun, où soi-disant des malfrats avaient ouvert le feu. Bilan dix-sept enfants de cinq à sept ans périrent). Les parents des enfants ont envoyé des billets de remerciements pour cet acte au “Tueur sans nom” et lui ont offert les meilleurs avocats du barreau. Certains se sont même proposés de l’adopter pour qu’il puisse avoir un nom. Il a refusé aimablement.”
“Le Tueur n’était pas mort ! Que fait la police ?”
“Granthe un ami du Tueur ?”, “Il dément : c’est mon pire ami !”
“La Mafia le reconnaît comme un des leurs. Alexandro raconte : Il est comme nous, il ne tue que les flics pourris. (Censuré).”

Le 08 février, j’ouvrais le journal “Ouest-France” et en gros titre :
“Le “Tueur sans nom” entendu par la C.I.A. dans les locaux de la police française tente de s’évader. Il est abattu par les hommes du RAID. Une roquette atteint la voiture qu’il tente de prendre pour s’enfuir. Dommage. Pour une fois qu’un tueur était sympa et qu’il n’éliminait que la racaille. (Censuré).” (Nous sommes obligés pour des raisons d’éthique de la profession de marquer les textes censurés par les censeurs, naturellement nous continuerons toujours à vous informer avec le plus grand soin.)
- Quand même, tu as lu toutes ces conneries...
- Je rigole encore, la C.I.A. et pourquoi pas le K.G.B. ! m’exclamais-je.
- Non ?
- Pourquoi pas ?
On s’esclaffa à n’en plus pouvoir, mon ami sans nom et moi.
Ma femme, Joséphine, arriva les mains sur les hanches :
- Qu’est-ce qui vous fait tant rire ?
- Le journal, lança-t-il.
- J’espère que vous me direz votre petit nom avant le début du repas sinon vous ne mangerez pas.
On se regarda tous les deux. Une grimace de surprise se peignit sur mon visage. Il me souffla à l’oreille :
- Tu crois que Jésus, ça irait ?
Je n’ai jamais autant ri de ma vie.

 

1er prix du concourt de Nouvelles Policières de Sud-Ouest 1997